ITALIE/MEXIQUE/LIBYE : Retour sur les dernières actualités liées aux conditions des migrants

Mis à jour : 7 août 2019


D’après les Nations Unies, sont décomptés « plus de 1,4 million de réfugiés résidant dans plus de 60 pays d’accueil devront être réinstallés l’année prochaine conformément aux données présentées par le Haut-Commissariat pour les réfugiés »[1]. Ces réfugiés passent majoritairement par un dangereux processus de migration.


En deux semaines, l'actualité liée aux conditions des migrants a été foisonnante. Il suffit de jeter un œil pour s'apercevoir de la récurrence des événements liés aux risques majeurs subis par les personnes en déplacement.


Que s'est-il passé et quel cadre existe-t-il ? Par cette brève, revenons sur ces points primordiaux pour Hestia.

Quatre événements ont considérablement marqué l'actualité notamment du fait de leur gravité. Revenons sur chacun d’entre eux.


ITALIE DEPUIS LE 12 JUIN : 42 migrants débarqués en Italie par le navire humanitaire SeaWatch3

12 JUIN : le SeaWatch3, un navire humanitaire allemand avait sauvé de la noyade 42 migrants en détresse absolue dans les eaux de la Mer Méditerranée.


Pour pouvoir accoster, un navire doit obtenir l’autorisation de l’État destinataire puisqu’en Droit de la mer, les eaux territoriales sont soumises aux règles de la souveraineté territoriale des États (voir en ce sens l'article 2 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer). En effet, ils exercent dans cet espace leurs prérogatives de manière totalement discrétionnaire.


C’est selon cette logique que l’Italie, sous l’égide du Premier ministre Matteo Salvini, avait refusé d’accueillir dans son territoire lesdits migrants.


Pourtant, Carola Rackete, capitaine du navire, avait déclaré sur Twitter que « les 42 naufragés à bord sont épuisés »[2] et qu’il était nécessaire d’accoster en Italie. Les migrants, à bord pendant une quinzaine de jours se trouvaient en situation de danger. De fait, il semblerait que le risque de suicide se trouvait particulièrement important[3]. De plus, « onze personnes jugées vulnérables : enfants, femmes, malades »[4] étaient concernées ; impliquant l’idée d’urgence de débarquer dans un port sûr.


C’est la raison pour laquelle Carola Rackete est allée à l’encontre des interdictions italiennes.


26 JUIN : Le SeaWatch, sur impulsion de sa capitaine force le passage dans les eaux intérieures pour respecter l’obligation d’amener les rescapés en port sûr après les avoir secourus en mer.



29 JUIN : Pourtant, dès son arrivée à Lampedusa, Carola Rackete est arrêtée par les autorités italiennes.

« Il lui est reproché d’avoir mis en danger la vie de quatre policiers qui se trouvaient à bord d’une vedette des garde-côtes, heurtée par le Sea-Watch 3 au moment où elle accostait de force. »[5]

2 JUILLET : La justice permet la libération de la Capitaine.


« Un tribunal d’Agrigente, en Sicile, a levé mardi soir l’assignation à résidence de Carola Rackete, la capitaine allemande du navire de l’ONG Sea-Watch, arrêtée ce week-end après avoir accosté de force à Lampedusa avec une quarantaine de migrants secourus au large de la Libye. »[6]

Finalement, Salvini avait demandé à ce que toutes les mesures nécessaires soient prises pour empêcher l’entrée du navire sur le territoire italien avec pour argument que le port de Tripoli (Libye) était assez sûr pour y amener lesdits migrants[7]. Toutefois, comme nous le verrons ensuite, la Libye n’est pas un pays sûr pour les migrants et l’action des ONG est nécessaire pour veiller au respect des droits fondamentaux des personnes concernées.


La société civile n'a pas manqué de se mobiliser. Tweeter en est, de fait, la preuve.

De fait, « dans sa décision, la juge en a profité pour rappeler une évidence, qui s’était un peu perdue, ces derniers jours, dans le tourbillon de haine qui s’est abattu sur la jeune volontaire de l’organisation non gouvernementale (ONG) Sea Watch : le choix de débarquer les naufragés à bord de son navire à Lampedusa, dans la nuit de vendredi à samedi, allait de soi, la Libye et la Tunisie n’étant pas, aux yeux du droit de la mer, considérés comme des pays offrant des « ports sûrs ».»[8]



LIBYE LE 24 JUIN : Une frappe aérienne sur le camp de Tajoura fait plus de 50 morts et 130 blessés


La frappe aérienne qui a touché le camp représente la conséquence d’affrontements « entre les troupes pro-Haftar et leurs rivales du Gouvernement d'union nationale (GNA) »[9] ; ce dernier étant le gouvernement officiellement reconnu par les Nations Unies.



Face à cette frappe aérienne et aux morts civils qui en sont la conséquence, le Conseil de sécurité des Nations Unies (organe exécutif pouvant prendre des mesures concrètes et contraignantes pour stopper une situation en cours) n’a pas encore adopté de résolution sur la question.


« Les États-Unis ont fait obstacle à la résolution proposée par le Royaume-Uni qui, si elle était adoptée, aurait condamné la frappe aérienne et appelé à un cessez-le-feu et à un retour au processus politique »[10].

Cette frappe aérienne nous rappelle que la Libye n’est pas un pays dont les conditions peuvent être considérées comme permettant le respect des droits et libertés fondamentaux de tout être humain ; qu’il soit migrant ou non, qu’il détienne la nationalité de l’Etat dans lequel il se trouve ou pas.

« Malnutrition, enlèvements, travail forcé, torture : des ONG présentes en Libye dénoncent les conditions de détention des migrants piégés dans ce pays, conséquence selon elles de la politique migratoire des pays européens conclue avec les Libyens. »[11]

Pour en savoir davantage sur la situation sécuritaire et humaine en Libye, n’hésitez pas à (re)lire l’article d’Olwen Wallace pour Hestia intitulé « [LIBYE] Les politiques inter-étatiques au détriment du respect des droits humains ? ».


3 JUILLET : au moins 80 morts en Mer Méditerranée au large des côtes tunisiennes


Nous nous trouvons face à une nouvel exemple prouvant que la Libye n'est pas un pays sûr. De fait, une embarcation a fui l'Etat en guerre afin de rejoindre les côtes italiennes. Le bateau avait d'abord été porté disparu avant qu'une femme soit retrouvée morte près des côtes tunisiennes. Parmi les morts, des hommes, des femmes, des femmes enceintes et des enfants.






« Moins d’arrivées sur le sol européen, plus de personnes reconduites en Libye, mais un taux de mortalité toujours aussi élevé en mer Méditerranée. » (Kim Hullot-Guiot pour le journal Libération)


MEXIQUE LE 24 JUIN : le Salvadorien Oscar Alberto Martinez Ramirez et sa fille Valeria, 23 mois, meurent noyés dans le Fleuve Rio Grande en direction des États-Unis


Ces derniers jours, certaines figures démocrates, à l'image d'Alexandria Ocasio-Cortez (représentante du 14ᵉ district de New York à la Chambre des représentants des États-Unis), ont fermement dénoncé les conditions de détention des migrants sur le sol des États-Unis.

« Les centres de rétention sont surpeuplés aux États-Unis, notamment au Texas. Donald Trump a fait savoir que les migrants pouvaient rester chez eux. Ces derniers sont entassés à la frontière avec de nombreux enfants. »[12]


Pourtant, ces conditions déplorables ne sont pas dissuasives pour les migrants voulant trouver refuge aux États-Unis. De fait et comme partout ailleurs, les migrants préfèrent braver le risque d’un trajet périlleux puis de la probable mise en camp plutôt que de demeurer dans leur Etat d’origine.


C’est dans ce cadre que Oscar Ramirez et sa fille Valeria sont mort en tentant de nager d’une rive à l’autre du fleuve Rio Grande se trouvent entre le Mexique et les Etats-Unis[13].


HESTIA ET LE BUT DE L’INFORMATION


Les informations importantes à aller consulter en lien avec ces actualités :


  1. Les définitions des personnes concernées : migrant, réfugié, demandeur d’asile, mineur non-accompagné ;

  2. Les risques et violences encourus : les disparitions, les passeurs, la violence structurelle ;

  3. Leur droit fondamental : le droit à la vie.


Nous reviendrons très rapidement sur une vision plus détaillée de leurs conditions dans le monde et dans le temps ainsi que sur la diversité de leurs droits fondamentaux afin de dresser un tableau complet de la situation.



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Jeanne Postil

[1] Nations Unies, « Point de presse quotidien du Bureau du Porte-parole du Secrétaire général de l’ONU: 1 juillet 2019 », Site Officiel des Nations Unies, 1 juillet 2019 (en ligne : https://www.un.org/press/fr/2019/dbf190701.doc.htm).


[2] Déclaration de Carola Rackete repris par JACOB E., « Avec 42 migrants à bord, le Sea-Watch force le blocus des eaux italiennes », Le Figaro en ligne, publié le 26 juin 2019 (en ligne : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/avec-42-migrants-a-bord-le-sea-watch-menace-de-forcer-le-blocus-italien-20190625).


[3] BBC, « Italy migrant boat: Captain says she disobeyed orders due to suicide fears », BBC en ligne, 1 juillet 2019 (en ligne : https://www.bbc.com/news/world-europe-48818696).


[4] JACOB E., « Avec 42 migrants à bord, le Sea-Watch force le blocus des eaux italiennes », Le Figaro en ligne, publié le 26 juin 2019 (en ligne : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/avec-42-migrants-a-bord-le-sea-watch-menace-de-forcer-le-blocus-italien-20190625).


[5] AFP, « La capitaine du Sea-Watch 3Carola Rackete déclarée libre », Le Figaro en ligne, 3 juillet 2019 (en ligne : http://www.lefigaro.fr/international/la-capitaine-du-sea-watch-3-carola-rackete-declaree-libre-20190702).


[6] AFP, « La capitaine du Sea-Watch 3Carola Rackete déclarée libre », Le Figaro en ligne, 3 juillet 2019 (en ligne : http://www.lefigaro.fr/international/la-capitaine-du-sea-watch-3-carola-rackete-declaree-libre-20190702).


[7] JACOB E., « Avec 42 migrants à bord, le Sea-Watch force le blocus des eaux italiennes », Le Figaro en ligne, publié le 26 juin 2019 (en ligne : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/avec-42-migrants-a-bord-le-sea-watch-menace-de-forcer-le-blocus-italien-20190625).


[8] GAUTHERET J., « La capitaine du « Sea-Watch 3 », Carola Rackete, a été libérée en Italie », Le Monde en ligne, 2 juillet 2019 (en ligne : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/02/la-capitaine-du-navire-humanitaire-sea-watch-3-declaree-libre-par-la-justice-italienne_5484494_3210.html).


[9] Le Point Afrique, « Raid sur des migrants en Libye : le bilan s'alourdit », Le Point en ligne, 5 juillet 2019 (en ligne : https://www.lepoint.fr/afrique/raid-sur-des-migrants-en-libye-le-bilan-s-alourdit-05-07-2019-2322923_3826.php).


[10] SudOuest.fr et AFP, « Affamés, torturés, disparus : l’impitoyable piège refermé sur les migrants bloqués en Libye », SudOuest en ligne, 5 juillet 2017 (en ligne : https://www.sudouest.fr/2019/07/05/affames-tortures-disparus-l-impitoyable-piege-referme-sur-les-migrants-bloques-en-libye-6300435-6116.php).


[11] SudOuest.fr et AFP, « Affamés, torturés, disparus : l’impitoyable piège refermé sur les migrants bloqués en Libye », SudOuest en ligne, 5 juillet 2017 (en ligne : https://www.sudouest.fr/2019/07/05/affames-tortures-disparus-l-impitoyable-piege-referme-sur-les-migrants-bloques-en-libye-6300435-6116.php).


[12] France Info, « États-Unis : les camps de migrants de la honte », France Info en ligne, 5 juillet 2019 (en ligne : https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/etats-unis-les-camps-de-migrants-de-la-honte_3522279.html).


[13] AFP, « États-Unis : un migrant salvadorien et sa fille se noient, la photo bouleverse l'Amérique », Europe 1 en ligne, 26 juin 2019 (en ligne : https://www.europe1.fr/international/etats-unis-un-migrant-salvadorien-et-sa-fille-se-noient-la-photo-bouleverse-lamerique-3906592).


POUR CITER : POSTIL J., "ITALIE/MEXIQUE/LIBYE : Retour sur les dernières actualités liées aux conditions des migrants", Hestia - Promouvoir les droits humains, Focus, Lyon, 9 juillet 2019 (en ligne : https://www.hestiapdh.com/post/italie-mexique-libye-retour-sur-les-dernières-actualités-liées-aux-conditions-des-migrants).





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