[SLOVAQUIE] Election de Zuzana Čaputová : l’espoir d’un changement pour un pays en crise

Mis à jour : 7 août 2019

Zuzana Čaputová devient la première femme cheffe d'État en Slovaquie. Portée par des électeurs en soif de renouveau dans un pays miné par la corruption, elle a promis d'œuvrer pour une justice indépendante afin de sortir la Slovaquie de la crise profonde qui la ronge.


En matière environnementale, elle a notamment mené avec succès une campagne pour interdire l'enfouissement de déchets toxiques qui s'accumulaient dans une immense déchetterie proche des habitations. En 2016, elle a été récompensée par le prix Goldman pour l’environnement.


L’avocate libérale et environnementaliste Zuzana Čaputová est devenue la première femme cheffe d’État de la Slovaquie. Le 30 Mars 2019, cette dernière a été élue à 58,38% des voix, contre 41,61% pour son adversaire, Maroš Šefčovič, commissaire européen soutenu par le président sortant.


Non politicienne, encore moins habituée du grand public, dans un pays au cœur de scandales politiques mais aussi moraux, elle a promis de casser les codes habituels et les pratiques peu recommandables des politiciens slovaques pour sortir le gouvernement de Bratislava de la crise profonde qui le mine. Ainsi, la victoire de cette première cheffe d’État slovaque s’explique par une vague de mécontentement populaire face à un pouvoir en place miné par la corruption et le complot. L’assassinat du journaliste d’investigation Jan Kuciak et de sa fiancée, Martina Kusnirova, en 2017, en est la preuve indéniable[1]. Ce dernier s’apprêtait à publier un article sur les liens présumés entre les hommes politiques slovaques et la mafia italienne quelques jours avant sa mort soudaine. Traumatisée par cet assassinat, c’est toute la Slovaquie qui se lève. Pour ce petit pays à l’histoire complexe mais aux volontés démocratiques immenses, entré dans l’Union Européenne il y a déjà quinze ans, il ne s’agissait pas d’un acte anodin.


La volonté de changement s’accroît peu à peu, des manifestations d’une ampleur inédite pleuvent à Bratislava, le but pour les slovaques étant la démission du gouvernement du parti Smer-SD[2] et la démission du premier ministre Robert Fico.


L'article de Jan Kuciak, inachevé mais finalement publié après sa mort, mettait en cause des hommes d’affaires et personnalités proches du Premier ministre, liées à des mafias italiennes très puissantes, dont la mafia calabraise ’Ndrangheta. Le chef du gouvernement a, dans un premier temps, fait démissionner ses conseillers pour qui les preuves des liens étaient évidentes puis son ministre de l'intérieur. Après dix années passées au gouvernement slovaque, Robert Fico espérait pourtant résister à la vague d'indignation et de protestation, ce ne fut pas le cas.



Une crise morale et politique d’une rare ampleur auquel Zuzana Čaputová ressortira comme une figure montante. Le mouvement « Pour une Slovaquie décente » est né, réunissant des dizaines de milliers de personnes, des jeunes et moins jeunes, tous exaspérés par l’ampleur de la corruption et par les révélations sur les liens avec différentes mafias, locales et italiennes, avec les plus hautes sphères de l’Etat.


« Cherchons ce qui nous unit, plaçons la coopération au-dessus des intérêts personnels (…) Pour moi, cette élection a prouvé que l’on peut gagner sans attaquer ses adversaires et je crois que cette tendance se confirmera lors des élections au Parlement européen et des législatives slovaques l’année prochaine », a déclaré la Présidente slovaque, convaincue de l’avenir de son pays.

Pour le Président sortant Andrej Kiska, « de nombreux pays nous envient probablement d’avoir choisi un président qui symbolise des valeurs telles que la décence (…) La Slovaquie est en crise morale et a besoin d’un président comme Zuzana Caputova ».


Libérale, écologiste et pro-mariage pour tous, Zuzana Čaputová est une juriste de 45 ans ayant étudié le droit à l’université de Bratislava et travaillé dans l’administration municipale de la ville de Pezinok. Par la suite, elle se spécialise sur les questions environnementales et travaille avec de nombreuses organisations non-gouvernementales pour la protection de l’environnement. En 2016, elle obtient le prix Goldman pour l’environnement après s’être battue pour la fermeture d’une décharge toxique devant la Cour de justice de l’Union Européenne[3].


En 2017, elle fonde le parti Slovaquie Progressiste qu’elle a par la suite quitté pour participer aux présidentielles. Sa campagne électorale s'est fondé essentiellement sur la protection de l’environnement, sur la promotion d’une justice impartiale et la lutte anti-corruption au sein du gouvernement slovaque. Libérale, elle a pris position en faveur d’un accès à l’IVG[4] et d’une reconnaissance des droits des couples homosexuels. Un espoir de renouveau pour tous les slovaques.


Toutefois, la chef d’État ne tiendra pas pour autant les rênes du pays. La Slovaquie ne donnant que très peu de pouvoir au Président, simplement celui de ratifier les traités internationaux et de nommer les hauts magistrats ainsi que le commandement des forces armées et un droit de véto sur les actions gouvernementales.


Finalement, la montée du populisme en Europe n’a pas réussi à atteindre le peuple slovaque pourtant en soif de changement. Cette prise de conscience environnementaliste et démocratique de la Slovaquie est aujourd’hui un exemple à suivre.



Laurine Harbuta

[1] Les enquêtes ont révélé que le meurtrier était un tueur à gage, qui pour 70 000 euros a assassiné le journaliste et sa compagne.

[2] Le parti SMER Social Démocratie (SMER – sociálna demokracia) est un parti politique slovaque issu de la fusion en 2005 entre le Parti de la gauche démocratique et le Parti social-démocrate slovaque Il est dirigé depuis sa création par Robert Fico.

[3] Article LaCroix ”Zuzana Čaputová, le souffle du changement en Slovaquie” Jean-Baptiste François, 18 mars 2019.

[4] Interruption volontaire de grossesse.


POUR CITER : HARBUTA L., "[SLOVAQUIE] Election de Zuzana Čaputová : l’espoir d’un changement pour un pays en crise", Hestia - Promouvoir les droits humains, Focus, Lyon, publié le 23 avril 2019 (en ligne : https://www.hestiapdh.com/post/slovaquie-l-%C3%A9lection-de-zuzana-%C4%8Daputov%C3%A1-l-espoir-d-un-changement-pour-un-pays-en-crise).




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